PARIS-VILLETTE
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x-réseau
DEFICELONS.FR

Depuis le 14 décembre 2009, nous possédons notre île sur le monde virtuel Second Life[1], et ceci pour quelques années, je l’espère. Nous lui avons choisi ce nom, DEFICELONS, anagramme du monde virtuel où les expériences d'écriture se mèneront. Nous avions également le désir d’affirmer cette invitation à déficeler ensemble ce territoire distant, cet espace de dialogue réel comme une autre scène, une scène possible. Ainsi, notre île sera habitée peu à peu par les avatars et les rêveries de nos artistes des arts vivants. Notre premier invité est Jean-François Peyret à qui nous avons confié le soin de défricher une terre quelque peu étrangère. Cette proposition accompagne le questionnement d’autres artistes que nous convions au sein de notre programme x-réseau à penser de nouvelles formes d’écriture pour ce passager du réseau Internet, ce spectateur précis.
Patrick Gufflet, directeur du Théâtre Paris-Villette

Présupposons nos propres morts, émettons l’hypothèse que nos doubles nous persisteront et qu’ils auront la lourde charge de succéder à Tchekhov, à Brecht ou à Beckett. Disons ici que nous affectionnons plus distraitement les figures de Mercier et Camier et que nous garderons du dramaturge né en Russie (elle n’existe plus) et encore joué dans nos théâtres nationaux (ils existent encore) le seul cri de cet oiseau marin. Pour Brecht, nous verrons bien où nous réussirons à le caser. Imagineons un territoire, après notre disparition, c’est une île, une île peuplée de dramaturges, d’acteurs, de nos doubles. Une île envahie comme jamais de nos rêveries, de nos utopies de théâtre et ces quelques résistants, ces spectateurs à l’écoute. De quoi parlons-nous ? De quoi s’agit-il ? De cette machine-là peut-être. Cette vieille machine, celle de Turing, ou de Peyret. La mienne, la vôtre. Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. La leur.

Alors donc, il faut imaginer une seconde écriture, une écriture possible. Il faut inventer la manière précise de paramétrer nos dramaturges à venir, nos acteurs insensés, afin qu’ils nous succèdent, là, sur ces mondes tout autant réels et qu’ils se chargent de cette dramaturgie à venir, de ce plateau persistant, de ces textes de théâtre autonomes, de ces dialogues infinis.

Jean-François arpente la machine depuis des milliers d’années. Seul ou avec ses acteurs, avec ses complices aussi, hommes de science et de littérature, il en mesure chaque recoin. C’est un prétexte à l’écriture parfois ou bien un jeu, celui de la pensée. Jean-François se plaît ainsi à questionner incessamment ce dialogue homme-machine, à inverser la perception que nous avons de ce double, le nôtre. Qui es-tu et qu’advient-il d’une œuvre littéraire ou d’un ensemble de textes, passés au crible de cette machine-là ? Quel est cet espace de dialogue ? Comment en mesurer l’écho ? Voici ce qui intéresse Jean-François et ce qui nous passionne. Si quelque chose d’une pensée, peut-être même d’une écriture, peut rester ou trouver une vie seconde sur cette île, que nous avons nommée DEFICELONS, alors le jeu en vaut la chandelle. Au risque de se tromper, au risque d’ennuyer à nouveau le spectateur qui passerait par là, ce résident paumé sur Second Life, cet avatar se téléportant d’une île à l’autre, attiré par le cri d’une mouette. C’est assez excitant, parce que ce jeu est très sérieux. Bien plus que nous ne pouvons le penser. Quoi de plus sérieux qu’un directeur de théâtre parisien qui demande à un metteur en scène d’inventer une forme d’écriture pour quelques avatars et leur scène distanciée ? Quoi de plus sérieux qu’un metteur en scène qui traduit, qui adapte, qui relit Thoreau avec pour seule obsession celle de déjouer la machine (ou l’homme), celle de l’imaginer autre ou augmenté. Ce qui semble moins évident, c’est cette apparition de la littérature, et précisément cette langue de Thoreau, là sur nos îles, là où nous parlons de sexe, d’argent, de désirs futiles. Là où nous frimons des nuits entières, modélisés de nos derniers accessoires achetés quelques Linden Dollars, un tatouage, un nouveau sexe, une danse effrénée, une chevelure soumise au vent, quelques postures érotiques. Il faut être un peu rêveurs ou naïfs, nous disons-nous, pour espérer que sur notre île, certains encore non disparus, prennent plaisir à cette expérience littéraire et engagent une longue discussion avec l’un des agents de Jean-François, H1 ou D1. C’est peut-être de cela dont il s’agit, de cette utopie, prendre possession d’un territoire qui n’est pas pris au sérieux aujourd’hui et qui ressemble pourtant si fortement à la définition de nos futurs espaces de vie, de rencontre et de cris en tout genre. Je suis une mouette.
Agnès de Cayeux, chargée de x-réseau

localisation : http://slurl.com/secondlife/DEFICELONS/128/128/2010
www.deficelons.fr PARIS-VILLETTE

écriture, adaptation Jean-François Peyret, assisté de Julie Valéro, instruction des bots Alexandre Lard, développement Estelle Senay, bots H1 et D1 Taurus

production Théâtre Paris-Villette / x-réseau. Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France et de la Ville de Paris. Le programme x-réseau est soutenu par la Ville de Paris, la Région Ile-de-France, la DRAC Ile-de-France.