A cinq ans, mes sœurs chantaient des chansons de variété et je dansais sur les tables du restaurant de famille, en impulsant autour de mes hanches des rotations savantes à un houla hoop en plastique orange. Ces moments déclenchaient l’enthousiasme des clients et la fierté de ma mère et de mon père.
Via ces premières sensations, j’optais pour un avenir certain de danseuse étoile à l’Opéra, changeant mes prouesses réelles de houla hoop contre des rêves de tutu et mort de cygne.
A en croire les biographes, écrire la vie de qui que ce soit n’est pas une mince affaire. Alors s’essayer, comme ici, à raconter ce qui n’est pas arrivé, ce qui n’a jamais passé la barrière des rêves est un véritable chantier.
Ce qui n’a pas eu lieu fabrique-t-il des souvenirs ? A quoi ressemblent les archives personnelles de ce qu’on aurait aimé être ? La mémoire de ce que l’on vit en vrai est-elle squattée par une autre mémoire : celle de ce que l’on n’a pas vécu pour de vrai ? Pourquoi s’atteler à une telle entreprise ? Pour faire une surprise à Janet ?
Mais qui est Janet ?

Mireille Guerre

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17 janvier > 3 février 2007
lundi, mardi, jeudi, vendredi 21h
mercredi, samedi 19h30
relâche dimanche

un solo de Mireille Guerre
mise en scène Thomas Fourneau
scénographie et vidéo Thomas Fourneau
lumière  Laurent Coulais
costumes  Elisa Voisin
collaboration artistique  Suzanne Joubert
présence à l’image et voix de Raffaella Giordano

production Théâtre des Bernardines

Ce spectacle est un solo de danse dont je ne suis pas à l’initiative, c’est un projet de ma mère.
Moi, je n’avais de souvenirs d’elle que faisant “l’idiote” sur la piste dans des soirées ou marchant sur les traces de ma grand-mère, danseuse de tango, de passo, de valse... Mais de danse, au sens spectaculaire du terme, il n’y avait que des histoires, des fantasmes, des rêves de petite fille.
Si l’autobiographie n’est jamais loin, elle n’est qu’un support à la fiction, à toutes ces tentatives. Tenter ce n’est ni échouer, ni réussir. C’est un entre-deux, comme ce solo qui n’en est pas vraiment un.

Thomas Fourneau