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ÉDITO
J’hésite. Et pourtant, je ne doute pas. Je ne doute ni des artistes, ni de leurs publics. De ce processus engagé de la création à cet exercice libre de la perception, je tente depuis 20 ans, avec mon équipe et au sein de ce magnifique navire, de longer les fleuves, de faire escale, d’embarquer ceux qui le désirent vers d’autres paysages, d’autres territoires. Nous avons partagé avec le public et les artistes quelques moments inoubliables ou ratés. C’est une histoire, celle d’une scène qui accueille et recueille les écritures en cours, désirant prendre part à la pensée contemporaine. Je ne doute pas et pourtant je suis dans cette hésitation, celle de continuer aveuglément ou bien celle de tout arrêter et de mettre fin à notre histoire scénique. Notre mission est bien celle d’accompagner cette relation entre les artistes et leurs publics, en saisissant, en produisant, et en diffusant les œuvres, et ceci au service de la pensée pour une culture possible, c’est-à-dire réelle. Mais de quelle manière pouvons-nous ensemble partager cette « amitié artistique » dans la situation actuelle ? Puisque, sans oublier les difficultés que rencontrent nombre de personnes à l’heure d’aujourd’hui, et donc sans hiérarchiser, je voudrais questionner les politiques locaux et nationaux à propos des moyens notoirement insuffisants qui nous sont octroyés. Je leur pose la question : « que représente pour vous un théâtre comme le Paris-Villette, qui va bientôt fêter ses 25 ans d’existence ? Quel avenir lui prêtez-vous ? » Car je ne voudrais pas devoir renoncer. Je souhaite ardemment continuer à honorer cette relation précieuse entre le public et l’artiste, mais celle qui nous offre une perception plus juste et plus profonde du monde. J’hésite encore et pourtant je choisis de continuer à suivre ce chemin délicat et nécessairement joyeux. Il est vital, essentiel. Et les artistes qui m’intéressent, chercheurs-inventeurs invétérés, ont le devoir de nous divertir, de nous détourner des chemins tous tracés, nous permettant ainsi de respirer, donc d’espérer encore.
>>> Alors, la nouvelle saison que nous vous proposons, réduite à 6 mois, sera conduite avec les artistes que nous accompagnons et qui livreront leurs créations comme si nous avions décidé de continuer aveuglément, sans aucune hésitation. Parce qu’au travers d’esthétiques radicalement différentes, chacun d’eux questionne notre époque. Avec profondeur bien sûr, mais dans la jubilation, proposant de partager le plaisir de penser ensemble le présent. S’efforçant ainsi de suivre l’exemple de Montaigne que nous retrouverons. Et puis aussi pendant ces 6 mois, nous inventerons de nouveau des temps absurdes, inutiles et précieux, webcamps et autres petits-déjeuners autour des questions qui nous obsèdent. Gageons aujourd’hui que nous ne cesserons pas de douter mais que nous arrêterons d’hésiter. Patrick Gufflet
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